Faire écran à la pleine conscience…

ou pourquoi je ne propose pas de séances de méditation en ligne…

Je me souviens d’un temps, pas si lointain, où les cycles MBSR en ligne n’avaient pas bonne presse et où l’on demandait aux initiateurs de tels programmes de les retirer – ou tout du moins de prendre soin de les nommer différemment. 

Les temps changent… les circonstances aussi me direz-vous.. 

Dans cette période de confinement, la plupart des instructeurs de méditation de par le monde font le choix de poursuivre leur enseignement en ligne, à distance, via une des nombreuses plate-formes numériques. Des formations (payantes) font même leur apparition pour apprendre à mener un groupe MBSR on-line via Zoom.

Cette option pour transmettre la pratique semble maintenant aller de soi, dans un entraînement collectif, comme une évidence. Une manière de s’adapter et de poursuivre, coûte que coûte, ce qui est commencé. Frénétiquement, impatiemment, inexorablement…

Évident, cela ne l’est pas pour moi.

Non pas à cause d’un manque de connaissance ou d’attrait pour les outils numériques. J’ai l’expérience de ces outils/pratiques ; j’en connais les avantages/bénéfices, j’en connais aussi les limites/inconvénients.

Justement, c’est en connaissance de cause que cela ne me semble pas évident… je ne peux m’empêcher d’imaginer le monde de demain (en fait déjà un peu celui d’aujourd’hui non ?) : arrivé à l’âge adulte, le petit d’homme aura fait ses études derrière un écran, aura fait sa première soirée sur Skype, aura trouvé un télé-travail, aura rencontré sa partenaire sur Meetic, organisera des apéro-zoom avec ses potes, télé-consultera son médecin, sa psy par visio, regardera un tuto pour faire un simple gâteau au yoghourt, demandera à son assistant google de prendre des nouvelles de ses parents… Et Petit Bambou lui notifiera toutes les 48 min de faire une pause, de se relier à sa respiration, de laisser ses pensées passer comme des petites nuages blanc sur un ciel toujours bleu… de méditer (ou de se relaxer ?).

Je passe sur les inégalités sociales que cela engendre, les possibilités en terme de contrôle des contenus (quel marge de manœuvre pour un enseignant dont le travail sur ordinateur peut être lu par sa direction à tout moment ?), les questions déontologiques ou éthiques que cela pose….

Combien d’entre nous, en quête de reconnaissance, d’authenticité, de lien avec l’autre sont cependant incapables de nouer une relation avec cet autre, incapables de se confronter à l’altérité si nécessaire pour se connaître, se construire. Il est tellement plus facile de se cacher derrière son écran. Mais quid de l’indicible, de l’invisible, de ce qui se transmet par la communication non verbale, de ce qui n’est pas palpable et qui pourtant passe entre deux individus en face en face ?

Il est manifeste pour moi, que je ne proposerai aucune séance de méditation en ligne ni pendant le confinement ni après. La pratique de méditation n’est pas venue à moi en pleine tempête, je l’ai cherchée, à un moment donné, en quête d’une approche pour mieux me connaître, m’accepter, me sentir plus responsable de moi-même, de ma vie… Ce n’est pas une pratique de l’urgence, –« Tissez votre parachute chaque jour plutôt que de laisser cela pour le jour où vous devrez sauter de l’avion » disait Jon Kabat Zinn– , ce n’est pas non plus une technique pour supprimer son anxiété ou son stress. C’est une pratique pour se rencontrer, se découvrir, se relier à soi pour mieux se relier à l’autre. Cela demande de la patience, de la bienveillance, du temps…

C’est ce que j’ai envie de transmettre à mon tour – en ayant conscience que mes participants actuels peuvent se passer de moi et que les prochains sauront me trouver lorsqu’ils en auront besoin. Dans le monde réel, en face à face. J’ai confiance dans leur capacité à choisir pour eux-mêmes et par eux-mêmes. J’ai besoin de voir les corps, les postures, d’entendre les respirations, de sentir l’énergie du groupe pour transmettre cette pratique, de la manière dont j’ai envie de la transmettre.

Vous allez me dire que tout cela est temporaire, que les groupes reprendront en présentiel dès que possible… Certainement…

Mais ce qui était latent ne demandait qu’une occasion pour s’exprimer. Et une fois qu’on y a touché… Le provisoire, pour certains, va durer (avec la liberté de ne plus avoir de salle à louer !).

L’être humain se semble pas très doué pour se projeter collectivement et établir une réflexion commune sur les conséquences de ses choix à court terme, sur le long terme, pour les générations futures.

En cette période particulière, je perçois avec force à quel point il est parfois difficile de rester connecter à son intériorité et à ses valeurs. Lorsque tout concourt autour de soi à nous entraîner dans un mouvement qui semble faire consensus, qui devient la norme mais qui ne correspond pas à notre intime conviction.

Ce n’est pas parce que c’est dans l’air du temps que nous sommes obligés de suivre le mouvement.

La méditation m’a enseigné cela : prendre position…adopter une posture honnête, digne… clarifier mes pensées… développer mon intégrité… agir en conscience…